Objets connectés, l’avenir du bâtiment – – 8 janvier 2016 – Philippe Dresto – 

Objets connectés, l’avenir du bâtiment ?

Les objets connectés envahissent aujourd’hui l’ensemble des secteurs de l’économie, le bâtiment ne fait pas exception et se transforme profondément. Le coût global devient la norme, la chaine de valeur se désintermédiarise, l’ère du numérique « ubérise » le bâtiment. Efficacité énergétique, confort, mieux être, assistance à domicile, ces nouvelles finalités trouvent des solutions efficaces avec l’Internet des Objets (IoT).

Plusieurs usages sont pressentis à ces objets d’une manière plus massive que ce que nous pouvons connaitre aujourd’hui, ils concernent l’efficacité énergétique, l’amélioration du confort, le maintien à domicile, la rééducation fonctionnelle à l’extérieur des infrastructures médicalisées.

uberisation du batiment

Les enjeux de la réussite de cette transition numérique

L’acceptabilité psychologique et sociale de ces nouvelles modalités nécessite une attention toute particulière à l’ergonomie des objets participants à ces systèmes installés dans le quotidien des occupants. Du point de vue industriel, les enjeux d’interopérabilité et d’ouverture des systèmes demeurent des leviers importants qui restent encore la plupart du temps des freins significatifs à l’émergence du marché.

L’enjeu de demain est l’interconnexion du bâtiment avec son territoire et la communication des différentes plateformes informationnelles et relationnelles entre elles. Le point critique de la réussite de ce modèle connecté réside dans la confiance de l’utilisateur dans l’usage qui est fait de ses données ce qui implique l’émergence de tiers de confiance. Le big data, sur fond de développement de l’économie circulaire, sociale et solidaire rend possible le passage pour le « smart territory » du virtuel au réel durable.

Modification des fonctionnements filière

Les objets connectés envahissent aujourd’hui l’ensemble des secteurs de l’économie, le bâtiment ne fait pas exception. Efficacité énergétique, confort, mieux être, assistance à domicile… ces nouvelles finalités trouvent des solutions efficaces avec l’Internet des Objets. L’enjeu de demain est l’interconnexion du bâtiment avec son territoire. L’IOT raisonné permet cette transition et le « big data » rend possible le passage de la « smart economy » du virtuel au réel durable. Voila le sujet posé.

La ville change, l’habitat se modifie, les contraintes de vie se renforcent, des nouveaux acteurs apparaissent dans la chaine de valeur du bâtiment qui se désintermédiarise, les modèles économiques sont bouleversés, le coût global devient la référence, donnant un vrai sens à la valeur vert…pour répondre à ces nouveaux enjeux, la révolution numérique est en marche, le bâtiment « s’ubérise ».

Le cœur de métier des géants de l’industrie numérique (Google, Apple…) est de collecter des données sur les individus pour leur vendre des services pertinents et personnalisés grâce à des applications. Jusqu’à présent, tout se passe par l’intermédiaire des écrans, d’abord ceux des ordinateurs, puis des smartphones et des tablettes. Mais ces groupes souhaitent dépasser le seul périmètre du monde de l’informatique et s’intéressent désormais à des secteurs où le numérique est présent tout en ne transitant pas par ces interfaces, mais par ce qu’on appelle les « objets connectés ». Ces derniers sont déployés dans l’environnement immédiat des individus – la voiture, les transports, la maison… – et vont dans toutes les étapes de leur vie quotidienne collecter des données sur eux et leur environnement.

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Toujours plus de services…

Les entreprises du numérique souhaitent alors se servir de ces données pour produire des services et les monétiser, soit auprès des mêmes individus (B to C), soit sur un autre versant du modèle d’affaires, à d’autres entreprises (B to B). C’est pourquoi les géants du numérique s’intéressent aux secteurs de l’automobile, de l’énergie, des transports et, donc, du bâtiment. En effet, durant toutes ces étapes de la vie des utilisateurs, chacun est connecté à des objets qui mesurent ce qui se passe et peuvent exécuter des ordres, au travers de codes logiciels. Ce phénomène est présent dans le bâtiment par le biais de la domotique, qui n’est pas une filière nouvelle, mais qui reste peu développée, car rudimentaire et non connectée. La nouveauté de ces derniers mois, c’est la domotique connectée, à savoir des objets installés dans l’habitat et qui, via Internet, sont reliés à des serveurs très puissants hébergés sur du « cloud », qui permettent d’exécuter du code logiciel plus sophistiqué que la domotique à l’ancienne. Les perspectives sont alors infinies. Elles peuvent être économiques, mais également porteuses de gages de mieux vivre et de mieux être chez soi. Les nouvelles fonctionnalités cibles peuvent être les suivantes :

  • Gestion de l’énergie : L’ambition de ces services est d’optimiser la régulation hygrothermique selon le besoin des usagers. Cela consiste à mesurer des facteurs intrinsèques comme la chaleur métabolique, le niveau d’activité… mais également réaliser des mesures de variables environnementales comme l’humidité, l’éclairage, les températures intérieures, extérieures… Ce service a pour finalité la régulation des variables physiques de l’environnement intérieur du bâtiment afin d’optimiser le confort de l’occupant.
    Au-delà de ces fonctions fondamentales, les services liés à l’énergie peuvent suggérer et faciliter des actions en faveur de l’économie d’énergie, comme : piloter des équipements techniques sur place et à distance, identifier des sources de gain de confort et d’économies d’énergies et les mesurer, mais également pouvoir « s’effacer » du réseau en cas de pic de consommation ou encore basculer d’un producteur à l’autre selon les offres tarifaires et les énergies primaires disponibles.
  • Optimiser le confort de vie – mieux vivre et vivre mieux : L’ambition de ces services est d’améliorer l’environnement de vie au sein de l’habitat. Il s’agit de proposer des indicateurs de qualité de la lumière : intensité lumineuse, UV, renseigner sur la qualité de l’air : Hygrométrie, température, pression atmosphérique, teneur en gaz, COV, fumées, poussière, sensibiliser à la pollution électromagnétique (wifi, gsm, 3/4G, TNT, radio…), mais également de proposer un archivage des dossiers administratifs (factures électricité, gaz, eau, téléphone, web, contrats…), créer un outil de comparaison des consommations individuelles et de celles de la communauté. Cette fonctionnalité entre dans une dynamique de « ludification » (concept de gamification) des systèmes, proposer une interface d’impact de la modification comportementale sur la consommation d’énergie ou encore permettre également de gérer des services multimédia (streaming film, photos, musique, vidéoconférence)
  • La sécurité est également une composante de ces services portés par les objets connectés. Il s’agit de proposer des fonctions de gestion à distance des ouvrants (gestion de la présence), d’interfacer un service de télésurveillance (détecteur de mouvements et d’ouvertures) ou encore une Détection Automatique Incendie (DAI). Selon les mesures réalisées le systèmes avertira l’occupant des dépassements de seuils, intrusions… et suggérera une action d’aération, de fermeture/ouverture des ouvrants, de modification de la température de consigne, d’activation de l’air conditionnée, de nettoyage, d’évacuation des personnes sensibles le cas échéant.
  • Les fonctionnalités de suivi médical à domicile : L’objectif de ces services est d’assurer une prestation à domicile de pronostic/diagnostic et suivi de l’état de santé de personnes sensibles. Par personnes sensibles, on entend des personnes souffrant de pathologies chroniques (maladie cardio-vasculaires, hypertension artérielle…), mais également des nourrissons ou des personnes âgées. Il s’agit alors de renseigner sur les fonctions physiologiques des occupants et d’interfacer un service de surveillance médical. Le service consiste dans la gestion d’un suivi des mesures physiologiques, la promulgation de conseils de vie au quotidien, enfin d’alerter le patient et générer un rendez-vous auprès des structures médicales d’urgence. Dans le même ordre d’idée, les objets connectés permettent d’assurer des services de rééducation et de maintien à domicile. L’objectif est d’accompagner la rééducation et le maintien de l’autonomie à domicile avec des tâches de la vie quotidienne (rééducation post AVC, post traumatique, rééducation de l’autonomie des personnes âgées…). Les exercices peuvent être de type moteur, sensoriel ou cognitif.
  • Interconnecter le logement dans la ville, sociabiliser : l’objectif des services est de sortir le logement de ses murs et de l’interconnecter le cas échéant avec les fonctionnalités proposées par le quartier, la ville, le territoire… ces services peuvent prendre les formes aussi variées que proposer des outils pour animer un service d’auto-partage, interconnecter le logement à l’offre de transport en commun de proximité, pousser une information générale de proximité, informer sur les animations de proximité.
  • La conception est également un territoire de développement pour les objets connectés avec la possibilité de reconstruction 3D des bâtiments existants, dans une logique « BIM ready ».
    Un bel exemple d’innovation pour créer massivement et rapidement des maquettes numériques 3D des bâtiment : la tablette de reconstruction 3D développée par RPE (Rénovation Plaisir Energie) et le LIMSI CNRS (Université Paris Saclay).

tablette 3D Rénovation RPE CNRS

Acceptabilité sociologique

Pour l’ensemble de ces approches, il est important que l’ qui regroupe l’ensemble des fonctionnalités et agrège l’information nécessaire au bon fonctionnement du système, dispose d’une ergonomie d’usage adaptée. Pour cela, il est recommandé de partir de l’usage pour concevoir les services répondant à des besoins et des attentes et proposer une utilisation et une ergonomie simplifiée. La prise en compte des facteurs humains aussi bien physiologiques que cognitifs est stratégique. C’est notamment du point de vue de la gestion de la confiance dans l’administration de la confidentialité des données personnelles que l’existence d’un tiers de confiance apparait comme un point critique de la réussite du modèle. Du point de vue du service, il est important de valider son utilité, son acceptabilité et son utilisabilité en contexte réel. La personnalisation du service et la possibilité de permettre à l’usager de concevoir son propre univers de services est important, tout autant que l’objet connecté doit être beau pour être sociologiquement accepté.

Objets connectés, l’avenir du bâtiment CES 2016
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