Mutation des compétences dans le bâtiment (1/6) – Philippe Dresto – président de l’Observatoire National du BTP

Mutation des compétences dans le bâtiment

Le gouvernement a assoupli les règles d’obtention du sigle de qualité RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) pour les entreprises de travaux en 2016. La simplification concerne tout particulièrement l’audit de contrôle de la réalisation des chantiers.

Le secteur du bâtiment face à un nouveau paradigme

Le secteur du bâtiment voit émerger un nouveau modèle : le « Modèle constructif de la performance énergétique et environnementale ». Dans une conception technicienne, l’ouvrage « économe » repose sur quelques principes communs :

  • Les apports thermiques naturels,
  • L’isolation et l’étanchéité à l’air du bâti,
  • L’inertie que procurent les matériaux et les équipements,
  • Une production de chauffage réduite, exploitée et distribuée par un système de ventilation automatisée,
  • La production décentralisée d’énergie (thermique, photovoltaïque, géothermique, éolienne, etc.),
  • Des automatismes de régulation et des règles d’utilisation parfois contraignantes.

Les objectifs de l’efficacité se traduisent également par la nécessité, en cours de réalisation et en aval de la réception, de mettre en place des protocoles de contrôle, et de vérification, parfois instrumentés par de multiples capteurs. Le développement de garantie de performance énergétique, adossé à des produits d’assurance, renforce l’importance de ces mesures et vérifications et la prise en compte du comportement des occupants lorsque l’engagement porte sur les consommations réelles. Au-delà des aspects techniques, ce modèle tend à reconfigurer l’organisation et le déroulement du travail en redessinant les contours des différentes phases du projet » [GOUR – ADEME 2014].

Cette vision du bâtiment comme archétype de construction de la performance énergétique et environnementale constitue la cible à atteindre sur chaque chantier de construction neuve ou progressivement de rénovation. Celle-ci combine une méthode de conception bioclimatique avec l’intégration d’équipements de production de chaleur et de ventilation innovantes. Le standard actuel qui s’en approche le plus est celui du Passivhaus Institut en Allemagne et décliné en France sous la formulation de « Maison passive » .

Une « feuille de route sur les bâtiments et îlots à énergie positive et à bilan carbone minimum », proposant un calendrier d’intégration progressif de ce modèle au sein de la réglementation thermique française a été publiée par l’ADEME en août 2010. La RT 2012 et sa mise à jour qui est en train d’émerger constituent une étape sur ce chemin menant au « Bâtiment à énergie positive (BEPOS) » à l’horizon 2020.

L’appropriation de cette approche par les professionnels du bâtiment passe par une bonne application des réglementations thermiques dans la construction neuve et une rénovation performante des bâtiments existants.
Pour cela, il s’agit pour les entreprises du BTP d’anticiper les besoins de compétences en matière de conception, de coordination et de mise en œuvre sur chantier, mais également au plan relationnel, juridique et financier.

Quatre mutations majeures dans le secteur du bâtiment

A la différence d’autres périodes historiques, marquées par des ajustements strictement technologiques, les modifications du bâtiment actuelles sont surtout générées par des exigences de performances et la nécessité de maitriser les consommations d’énergie.

1. Des exigences de performance

Les exigences de performances sont considérablement accrues du fait de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de la hausse des prix des énergies. Cela se transpose par le renforcement progressif des réglementations thermiques dans la construction neuve et par une augmentation de performance des composants du bâtiment.

Ces exigences, issues des engagements mondiaux, européens et nationaux, se traduisent par :

  • La réduction des consommations d’énergie globale et par ménage encadré par des indicateurs de résultat détaillés à tenir ;
  • La nécessité pour les professionnels d’accroitre la précision dans la mise en œuvre des techniques notamment concernant l’enveloppe du bâti ;
  • La baisse des dépenses d’énergie liée au renouvellement d’air.

2. Des changements de politique énergétique

Les variations de politique énergétique se traduisent par des changements aussi sur le plan des modes de production d’énergie.

  • La valorisation des énergies renouvelables (génération de chaleur –chauffage urbain, biomasse – production d’électricité) ;
  • Le passage du chauffage électrique à effet joule vers des pompes à chaleur pour réduire les pics de consommation d’électricité.

3. Des transformations d’organisation

Assurer l’étanchéité à l’air des bâtiments nécessite une évolution dans la coordination des chantiers.

  • Les transformations d’organisation des chantiers et des interfaces entre métiers du bâtiment induisent un décloisonnement entre ceux-ci et des modes de travail plus coopératifs.
  • Une élaboration collective des chantiers afin de vérifier la qualité d’intervention de chaque entreprise et dans leur succession.

4. Des progrès technologiques

Des progrès technologiques portant sur les matériaux d’enveloppe, les systèmes énergétiques et les outils de gestion liés notamment aux nouvelles technologies d’information et de communication.

  • L’optimisation du pilotage des équipements du fait de la diffusion de capteurs, d’instruments de mesure et de commandes électroniques.
  • La mise en place de compteurs intelligents avec circuits séparés permettant des instructions en temps réel pour économiser l’énergie et réduire les pointes de consommation électrique.

4 mutations du BTP qui se traduisent par des évolutions professionnelles :

Une meilleure qualité de conception en amont des interventions opérationnelles en construction neuve et en réhabilitation.

  1. Pour la construction neuve : permettre un dimensionnement optimal des équipements à travers les études de conception.
  2. Pour la réhabilitation : réaliser des diagnostics approfondis avant travaux et assurer la qualité des cahiers des charges de commande d’ouvrages.
  3. Être en capacité d’actions diversifiées selon les types de logements, les conditions de modernisation et les ressources disponibles.
  4. Proposer une optimisation économique améliorée en réponse aux tendances de hausse des prix des énergies et de sophistication accrue des interventions.
  5. S’inscrire dans une industrialisation enrichie de préparation des composants du bâtiment pour maîtriser les coûts.
    Un renforcement des performances nécessitant de normaliser et de contrôler la chaîne d’intervention sur le chantier.
  6. Renforcer la coordination sur le chantier entre spécialités et entre entreprises en précisant les protocoles d’intervention des différents métiers dans un souci de transversalité pour disposer d’une traçabilité des gestes techniques.
  7. Garantir la qualité attendue des prestations professionnelles par la vérification des performances ex post.
  8. La nécessité d’un travail en réseau entre les acteurs du bâtiment.
  9. Garantir un niveau de performance qui découle d’une meilleure prise en compte par les professionnels de la continuité des acteurs de la conception à la livraison finale.
  10. Progresser vers une organisation des métiers en groupements d’entreprises à caractère momentané ou dans une structure collective durable.
  11. Généraliser une offre globale par les sociétés y compris les TPE et PME en réponse aux commandes de marché en associant les différents métiers pour atteindre collégialement les performances demandées.
    Un accompagnement des usagers afin de transformer les comportements pour bénéficier pleinement des performances permises par les équipements.
  12. Prendre en charge l’information des usagers avec l’assistance des nouveaux moyens de communication, ce qui implique un approfondissement de la relation entre le professionnel et son client, notamment les ménages.

 

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