Mutation des compétences dans le bâtiment (2/6) – Philippe Dresto – président de l’Observatoire National du BTP

Mutation des compétences dans le bâtiment – Partie 2/6

Les lois Grenelle et la Transition énergétique fixent des exigences élevées de performance qui nécessitent d’importantes évolutions techniques et surtout une meilleure coordination entre métiers sur le chantier.

Les compétences évoluent sur le plan des métiers

Les besoins en compétences à développer d’ici 2020 peuvent être classés en trois catégories :

  • La compréhension et la maîtrise des nouveaux matériaux et techniques de mise en œuvre comme l’isolation thermique par l’extérieur (ITE), la ventilation double flux, les pompes à chaleur… ;
  •  La prise en compte des enjeux transversaux liés à la Transition énergétique (la maîtrise de l’étanchéité à l’air entre les différents corps d’état, la prise en compte des phénomènes d’échanges thermiques et acoustiques dans le bâtiment, l’anticipation des incompatibilités de matériaux et systèmes…) ;
  •  Le développement des capacités transversales au niveau du comportement professionnel favorisant la qualité de mise en œuvre et l’atteinte des objectifs de performance énergétique (respect des DTU et des modes opératoires, autocontrôle, prise en compte de l’impact de son travail sur les autres corps d’état …).

 

L’émergence de nouvelles compétences liées à l’offre globale

Des études ont identifié l’apparition de « nouveaux métiers ». « Ils concernent essentiellement la rénovation des bâtiments et se décomposent de façon suivante :

  • Offre globale en équipement énergétique,
  • Offre globale en techniques de l’enveloppe,
  • Offre globale en rénovation énergétique du bâtiment,
  • Offre globale en sécurité et maintenance incendie.

« Pour ces nouveaux métiers, les compétences sont à définir. Certaines sont déjà comprises dans leurs évolutions. D’autres restent à concevoir, en particulier la fonction de « project manager » en rénovation de bâtiment ».

Certaines études évoquent l’arrivée de « métiers émergents » avec le développement de la construction très performante de type bâtiments passifs.

« Trois figures professionnelles, « intermédiaires de l’activité », sont particulièrement mobilisées en appui au maître d’ouvrage et au maître d’œuvre : les assistants à maîtrise d’ouvrage (AMO), les experts techniques et les spécialistes de la coordination ». D’une manière générale, au-delà des modalités purement techniques, la montée en compétences de la filière peut passer par le développement de deux nouveaux profils.

Le technico-commercial en offre globale

Il s’agit de prendre en compte le volet vente et accompagnement. La formation FEE Bat comporte une partie de ces compétences cibles, en revanche si elle apporte globalement toutes les réponses aux impératifs de montée en compétences techniques, elle ne permet pas de développer une politique d’offre pour les entreprises (la demande seule du marché n’est pas suffisante). Par offre, il ne s’agit pas que de la création d’une offre globale, mais d’apprendre à vendre :

  • Sa compétence du point de vue énergétique (avec des calculs de rentabilité fiables et compréhensibles pour le client) ;
  • Une approche globale afin d’activer tous les leviers de la transition énergétique ;
  • Mieux intervenir en milieu de copropriétés nécessite un grand savoir-faire dans la préparation de la décision par les copropriétaires et les syndics.

Le conducteur de travaux de rénovation énergétique

Ce profil n’est pas un spécialiste technique, il est cependant un expert de gestion des interactions métiers. Sa compétence s’exprime sur la coordination des interfaces afin d’assurer la bonne réalisation des compétences pointues de chaque corps d’état.

Du point de vue technique, il apparaît que l’évolution technologique et normative est relativement et naturellement prise en compte par les organismes de formation. La justesse du geste technique constitue le socle de compétences et ce dernier est relativement bien enseigné, reste à ce que le professionnel perpétue son savoir-faire au cours du temps.

Le réel « gap » de compétences à franchir se situe plus sur la manière de travailler et la capacité du professionnel à envisager son métier au sein de la filière du bâtiment et de gérer ainsi l’ensemble des interactions avec son environnement.

 

Des contextes différents selon les marchés

Deux marchés et contextes d’intervention sont à distinguer :

  • La construction neuve

La réglementation thermique fixe un cadre précis pour toutes les entreprises et permet de généraliser la diffusion sur le marché d’équipements et de matériaux performants ce qui conduit progressivement à une baisse des coûts du fait de l’effet d’échelle.

Les fonctions de conception sont ainsi guidées par l’application de la réglementation thermique (RT 2012), même si l’on constate des performances effectives après livraison des bâtiments encore souvent en décalage par rapport aux calculs initiaux des bureaux d’études.

Dans le neuf, le processus de montée en compétences est en cours et traçable. Néanmoins, il est essentiel que les obligations de résultat ne constituent pas un obstacle défavorable aux petites entreprises. L’atteinte de la qualité attendue passe donc largement par la capacité de coopération entre métiers sur chantier.

  • La rénovation

La marché de la rénovation est à la fois beaucoup plus hétérogène et moins cadré par la réglementation. En outre, il concerne davantage les TPE et PME pour les interventions en maisons individuelles et en petit collectif.

Un premier enjeu se situe sur le plan de l’offre de travaux en direction du client. Les propositions techniques doivent être objectives, économiquement fiables et garantissant l’atteinte des performances attendues par le client. La qualification RGE et le dispositif d’écoconditionnalité des aides publics doivent permettre d’étendre le marché à la fois en nombre de réhabilitations, en volume d’investissement unitaire et en réduction des consommations et des émissions de gaz à effet de serre.

Le second enjeu est celui de la montée en compétence collective de la filière à partir d’interventions en offre globale et d’une coopération entre métiers et entreprises sur chantier.

 

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