Les secrets d’une formation BIM réussie, point de vue de Philippe Dresto – président de l’Observatoire National du BTP

Les secrets d’une formation BIM réussie !

Le BIM, on ne parle que de cela en ce moment. Les formations fleurissent de partout et au-delà des modalités pédagogiques traditionnelles, de nouveaux modes d’apprentissages apparaissent. Alors quels sont les secrets d’une formation BIM réussie ?

En juin dernier le CSTB a présenté les résultats de son Sondage sur L’innovation dans les PME du bâtiment. Un focus particulier sur la connaissance des TPE et PME du BTP en matière de maquette numérique et de modélisation des données du bâtiment (BIM). L’étude montre un véritable besoin de formation afin de faciliter et d’accélérer l’intégration du BIM dans les usages au quotidien.

Malgré une connaissance imparfaite du BIM ou de la maquette numérique, les dirigeants sondés en soulignent les atouts. Ils sont conscients des bénéfices de l’outil pour faciliter des échanges entre les acteurs de la construction pour la gestion du projet (26 %), pour améliorer la qualité du bâtiment (25 %) et pour optimiser les coûts et délais de construction (21 %). Ils perçoivent également le potentiel de l’outil pour faciliter l’insertion du bâtiment dans son environnement (20 %), mettre en avant les performances de leur produit (19 %) et favoriser l’exploitation du bâtiment (12 %).

Quand il s’agit de besoins d’accompagnement spécifiques pour faciliter l’intégration de leurs données dans la maquette numérique, les chefs d’entreprise interrogés désirent en premier lieu une formation au BIM et aux outils du marché (35 %), ainsi qu’une aide au financement (34 %). Trois dirigeants sur dix souhaitent également être accompagnés en termes de méthodologie et d’organisation du travail (31 %), de conseils techniques pour numériser les données (28 %), d’appui technologique pour le développement d’un catalogue de leurs produits intégrable au BIM (26 %).

 

Une formation BIM réussie

C’est déjà la première des choses, réussir le concept de la formation. Cinq points sont incontournables :

  1. L’accueil

Qualité de l’accueil de formation, convivialité du café… la réussite se joue, en partie, avant même que la formation ne commence. Le moment de l’accueil des personnes assistant à la formation est primordial. L’objectif du formateur va être, non seulement de mettre les « stagiaires » à l’aise, mais aussi de se poser comme professionnel de son domaine. Cela passe par un accueil détendu et par une présentation de son parcours pour mettre en avant son expérience, professionnelle et personnelle.

  1. La pédagogie

La pédagogie passe, avant tout, par la capacité à s’adapter à son auditoire. Ainsi, il est envisageable d’expliquer les mêmes choses à un débutant et à un initié, mais certainement pas de la même façon. Il ne faut donc pas négliger le recours aux schémas et aux illustrations, au sens graphique ou rhétorique. De même, il faut garder à l’esprit qu’il peut être nécessaire de dépasser le cadre du sujet de la formation pour permettre aux personnes formées de comprendre le sujet en question.

La matérialisation est un élément clé du schéma pédagogique. Ainsi la curiosité du formateur qui ne sait pas forcément tout, est un atout, le formateur aura eu soin de se renseigner au moment de la création de son support sur le contexte et de s’adapter ainsi à son auditoire pour faire passer ses messages.

  1. Les études de cas

L’étude de cas est un mode de matérialisation professionnelle. Si une image peut valoir 1000 mots, l’effet est encore plus démultiplié pour une étude de cas. Par exemple, dire que l’e-reputation est importante et que ça nécessite une réflexion globale en amont, c’est une chose. Détailler le cas d’une entreprise qui n’a pas mené cette réflexion et qui en a payé le prix, c’est encore mieux. L’impact ne sera pas le même essentiellement parce que votre auditoire pourra se projeter à la place de l’entreprise qui a commis ses erreurs et imaginer les conséquences qui en découleraient.

  1. L’interaction

Bien que cela ne soit pas toujours évident en pratique, c’est nécessaire. Il est important de faire participer ces personnes qui vont rester vissées à leur chaise pendant environ 7h par jour de formation. Ne pas faire participer le « public » génère inéluctablement de légers ronflements !!!

  1. Ludique et humour

Enfin, tout au long d’une formation, faire preuve d’humour permettra de dynamiser sa présentation, mais aussi de détendre l’atmosphère. De plus, aborder avec humour ou décalage certains thèmes permettra de mieux faire passer certaines idées. Il n’est évident pas nécessaire de préciser que certaines formes d’humour sont à proscrire… « On peut rire de tout…mais pas avec tout le monde » comme le disait fort justement Pierre Desproges .

Voici donc les 5 critères d’une bonne formation. Certains pourront rétorquer que la maîtrise du sujet est primordiale, ce qui est vrai. Mais il faut garder en mémoire que les professionnels les plus performants de leurs domaines ne sont pas forcément les meilleurs formateurs.

 

Modalités pédagogiques BIM

La formation BIM pour devenir universelle doit s’adresser à tous les publics qu’il s’agisse de « cols blancs », mais aussi et surtout des « cols bleus » dans le bâtiment. Cela signifie que le discours doit être adapté à l’auditoire, tant sur le rythme, la sémantique et même les modalités pédagogiques.

A ce titre, il est nécessaire de faire preuve de créativité pour ces formations BIM. Il faut sortir des sentiers battus. Quels méthodes de formation sera la plus adaptée aux artisans, TPE et PME du bâtiment ?
Des outils pédagogiques, comme les MOOCs (Massiv Open Online Courses), l’e-learning ou le m-learning seront-ils adaptés ? L’avantage est la facilité d’accès aux cours disponibles à tout moment en ligne. A noter également la cohérence de formations numériques pour préparer à leur usage. Mais rester assis face à un interlocuteur dématérialisé, cela marchera t-il ?

La réponse pédagogique doit être collaborative, participative, courte et prendre l’essence du BIM au delà des outils.

Aujourd’hui les formations BIM sont largement centrées sur les outils. L’objectif n’est pas de devenir un expert de Revit, mais d’acquérir les bons réflexes et de rentrer dans la culture de la maquette numérique, celle de la transversalité des parties prenantes par le numérique. Les formations actuelles, dans ce sens, peuvent apparaitre, comme nécessaire, mais non suffisante.

La formation BIM n’est pas de la construction 3D, c’est le fait même des éditeurs de logiciels, elle n’est pas non plus celle de l’apprentissage de l’usage des logiciels de simulation (STD, ACV…) , l’offre des éditeurs remplit également déjà bien sa fonction.

La formation BIM attendue aujourd’hui par le marché, doit permettre de rendre durables les nouvelles modalités de travail dans le secteur du bâtiment qu’il s’agisse aussi bien de neuf que de rénovation.
En mode BIM ou maquette numérique, les acteurs du bâtiment :

  • travaillent ensemble, de fait les référentiels de compétences doivent évoluer en conséquence.
  • fusionnent les maquettes et doivent communiquer aussi bien sur le chantier qu’au travers de leurs outils.
  • gérent les collisions de plan et portent donc une vision globale, transverse et unique du projet.
  • implémentent des banques de  données techniques, économiques, de planning, RH.

Face à un tel contexte, les modalités pédagogiques sont attendues innovantes et les centres de formation ont un véritable travail de remise à plat de leurs outils d’apprentissage.

 

Pour aller plus loin vous pouvez lire notre article sur le catalogue des formations professionnelles existantes sur le BIM .

 

 

Les secrets d’une formation BIM réussie
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