Le BIM est-il rentable ? point de vue de Philippe Dresto, président de l’Observatoire National du Bâtiment.

Le BIM est-il rentable ?

Face aux récents effets d’annonce qui promettent des réductions de coûts à deux chiffres dans le BTP, par le seul fait de la numérisation, il convient de revenir à la structure classique des coûts des opérations immobilières. En effet, exiger trop de réductions directement consécutives à l’implémentation du BIM risque fort de conduire à des déconvenues.

 

Le BIM à l’épreuve de la formule de cout de la construction…

Tout d’abord, le BIM n’a pour le moment aucun impact sur le coût du foncier, les honoraires et frais associés au foncier, les diverses taxes, les honoraires de contrôle technique, de géomètres, etc. Les concepteurs semblent revendiquer une augmentation de leurs honoraires, et sont dès lors engagés dans un mouvement inverse à la réduction annoncée. Aucun signe de diminution du coût « toutes dépenses confondues » des opérations immobilières n’est donc perceptible.

En ce qui concerne le montant des travaux lui-même. Le prix de vente d’un marché de travaux en entreprise générale est constitué de 5 composantes :

  1. les déboursés secs (DS),
  2. les frais de chantiers (FCH),
  3. les frais généraux (FG),
  4. l’aléa (A)
  5. la marge (M).

La question est alors de comprendre comment le BIM peut-il impacter chacune de ces cinq éléments ?
Le niveau de marge classiquement observé dans le BTP se situe, en périodes de conjonctures favorables, dans une fourchette de 0 à 5% du montant des travaux, mais est plus proche, dans la conjoncture actuelle, de 1 à 2% que de 5%. Ce n’est donc pas sur cette composante M qu’il est possible de trouver une réduction.

L’aléa pratiqué par les entreprises générales françaises sur les ouvrages complexes en conception réalisation ou PPP est en général de l’ordre de 1%, au maximum 2% pour des ouvrages exceptionnels. Cet aléa est égal à zéro sur les opérations courantes. Ce n’est donc pas sur la composante aléa A qu’il est possible de trouver une réduction. L’impact potentiel du BIM sur les frais généraux de l’entreprise n’est pas identifié actuellement : aura-t-il un impact sur les locaux des sièges sociaux, les services juridiques et financiers, les taux d’assurances, etc ? Il n’est pas possible pour le moment d’annoncer une estimation de réduction de la composante frais généraux FG.

Le passage au BIM avec des logiciels plus chers car plus pointus impose aux entreprises de rationaliser leurs achats technologiques (IT) au lieu de les considérer comme du consommable ou comme du « luxe ». Il nous reste à rechercher la réduction sur DS + FCH. L’impact du BIM sur le prix d’achat des matériaux aux fournisseurs n’est pas évaluable actuellement et il n’est pas évident qu’il existe une réduction potentielle. Indépendamment de toute prise de position sur l’équilibre entre le coût de la main d’œuvre et le coût de la vie en France, le potentiel de réduction de la composante frais de chantier FCH est facile à identifier : réduire les nombres d’heures d’encadrement et réduire les temps d’amortissement des matériels nécessaires à la construction.

BIM un outils de productivité dans le BTP

Le BIM un outil de productivité

On comprend donc par cette analyse sommaire que la recherche de réduction des coûts est essentiellement une recherche de productivité et qu’il convient de focaliser la recherche de réduction des coûts sur la réduction des temps à passer et la diminution des quantités de matériaux à acheter, et donc par une ingénierie fine de l’image statique de l’objet à construire et de la cinématique associée.

C’est cette même « productivité » qu’il est possible de proposer directement aux habitants d’un logement au travers d’objets connectés en leur proposant des fonctionnalités telles que de la reconstruction 3D de leur logement.

 

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