Evolution du prix de l’énergie : le gaz (épisode 2/3) par Philippe Dresto de l’Observatoire National du Bâtiment (ONTS BTP)

Evolution du prix de l’énergie : le gaz

La question des prix de l’énergie est au cœur des politiques de transition en cours de mise en oeuvre en France.

Raréfaction des ressources, tensions géopolitiques, modes productifs, voila autant de paramètres qui influent directement sur le prix des énergies, sans que les entreprises puissent influer directement sur ces derniers. Après le cadrage la semaine dernière sur les orientations possibles du prix du pétrole, sur le même principe c’est maintenant le marché du gaz, que nous proposons d’explorer ensemble.

Les constituants des scénarii de prix de l’énergie

Sur les mêmes fondements de déterminants que pour le pétrole, il est possible d’esquisser des bases de scénarios sous la forme de « couches successives » qui intègrent les composantes qui précèdent :

  • Une couche strictement rationnelle au plan énergétique et économique, c’est-à-dire tenant compte des paramètres techniques d’extraction à l’exclusion de toute considération géopolitique et financière concernant notamment le pétrole ;
  • Une analyse construite sur les mêmes bases que la précédente avec un découplage des prix du gaz par rapport au pétrole ;
  • Une couche de scénario qui tente de prendre en compte les comportements stratégiques et financiers des pays producteurs, des compagnies et des actionnaires dans un contexte économique stable ;
  • Une couche qui ajoute aux précédentes les risques géopolitiques spécifiques à chaque énergie ;
  • Une couche de scénario qui intègre ensuite la contrainte de décarbonisation du secteur électrique, une forte réduction de la consommation de combustibles fossiles et un développement des énergies renouvelables au titre de la lutte contre le changement climatique.

Cette démarche progressive permet de bien isoler chacune des composantes de la formation des prix. Il s’agit donc là plus de déterminants plus que de scénarios au sens strict.

Evolution du prix de l’énergie : le gaz naturel en France

Une couche rationnelle au plan énergétique à partir des paramètres techniques

Les déterminants de l’évolution des prix du gaz naturel dépendent davantage des conditions de transports que des ressources.

Le gazoduc North Stream qui relie la Russie à partir de Vyborg et qui rejoint l’Allemagne par la Baltique a été inauguré en septembre par Vladimir Poutine. Le premier tube sera en service en 2012.

Le prix du gaz sera également lié au développement des ports méthaniers qui pourront recevoir du gaz en provenance du Qatar. Par contre les ressources traditionnelles de l’Europe de l’Ouest (Algérie et Norvège) entrent en déclin.

L’incertitude porte concernant le gaz concernant l’augmentation de la demande de l’Union Européenne pour assurer la production électrique dans un contexte de réduction de la production d’origine nucléaire et de besoin d’assurer le suivi de charge en complément des énergies renouvelables.

Une couche avec découplage des prix du gaz par rapport au pétrole

S’il est clair que le marché pétrolier est surtout déterminé par la rigidité du secteur des transports (surtout le transport des personnes), le marché du gaz résulte de deux déterminants totalement différents :

  • Le marché des consommations d’énergie à des fins thermiques ;
  • La production électrique.

Comme le gaz naturel est en très grande partie consommé dans les pays développés et très peu encore dans les pays émergents, son marché devrait être sensible au ralentissement économique. Or, les besoins de chauffage sont assez peu sensibles aux conjonctures économiques. En outre, l’accident de Fukushima place clairement le gaz naturel comme énergie privilégiée pour la production électrique compte tenu du report de commandes de réacteurs nucléaires et la nécessité d’éviter le recours au charbon pour des raisons de pollution de l’air et de lutte contre le changement climatique.

Ainsi après un net décrochage des cours du gaz naturel après la crise de 2008 par rapport au pétrole, il semble que l’on assiste maintenant à un redressement des cours du gaz.

La sortie du nucléaire confirmée par l’Allemagne et la Suisse après l’accident de Fukushima induisent un recours accru aux turbines à gaz pour assurer les pointes de consommation sachant que la capacité de réponse des énergies renouvelables (éolien) est, à ce moment critique de l’année, non garanti.

Dès lors, un découplage du prix du gaz naturel par rapport au pétrole devient plus incertain depuis Fukushima.

  • Une couche qui prend en compte les positionnements des pays producteurs, des professionnels, des acteurs financiers et des actionnaires
  • Le gaz naturel

La situation est très différente concernant le gaz naturel. Le rôle des marchés y est moins déterminant que les facteurs techniques d’approvisionnement et les aspects géopolitiques. Les relations contractuelles sont beaucoup plus stables car liée à une logistique beaucoup plus lourde.

Une couche qui intègre les risques géopolitiques

  • La question essentielle est liée au comportement de la Russie. Il faut clairement en la matière distinguer deux niveaux.
  • Celui du comportement de la Russie vis-à-vis des républiques de l’ex-URSS. Plusieurs fois déjà la Russie a utilisé la menace de coupure de gaz à l’encontre de l’Ukraine pour revaloriser le tarif. Il est clair que la Russie utilise la dépendance de certaines républiques pour leur approvisionnement énergétique pour tenter progressivement de les réintégrer dans une grande Russie.
  • La situation est différente vis-à-vis de l’Union Européenne. La Russie est tout autant dépendante de l’Union Européenne que l’inverse. Ses ventes de pétrole et de gaz à l’Union Européenne est la première source de recette de l’Etat russe. Celui-ci a donc tout intérêt à une relation partenariale stable. La construction du gazoduc North Stream à travers la Baltique prouve bien la capacité de la Russie à séparer les deux questions.

Il n’y a donc pas de risque géopolitique prévisible pour l’approvisionnement en gaz naturel de l’Union Européenne. Même en cas de changement de pouvoir en Russie, celui-ci comprendra vite que les recettes de l’Etat dépendent des achats de gaz par l’Union Européenne.

Une couche qui intègre la contrainte de décarbonisation de l’économie

  • Les préoccupations environnementales favorisent clairement une transition énergétique passant pas un usage accru du gaz naturel, le temps que les politiques d’efficacité énergétique et surtout celles de développement des énergies renouvelables puissent se développer.

Or l’énergie privilégiée pour le chauffage des bâtiments est encore le gaz naturel.

Une politique de décarbonisation de l’économie passera essentiellement par un programme de réhabilitation des logements anciens : les potentiels d’économie sont de loin supérieurs aux potentiels de substitution entre énergies (l’essentiel a déjà été fait avec l’éviction du charbon et de l’essentiel du pétrole de la production de chaleur).

Conclusion su l’évolution du prix de l’énergie : le gaz

Pour le, le prix du gaz naturel, il a été souligné à quel point la croissance de la consommation de gaz naturel dans la dernière décennie était vive. Le potentiel de développement du gaz naturel est très important car sa consommation reste relativement faible dans les pays émergents et les pays en développement. En outre, le gaz naturel sera dans tous les scénarios l’énergie qui assurerait l’équilibre des réseaux électriques : consommation de pointe en cas de recours au nucléaire, comblement des intermittences en cas de recours massif aux énergies renouvelables. Il resterait également l’énergie privilégiée pour les usages thermiques domestiques, tertiaires et industriels.

Il faut donc tabler sur son indexation durable sur les cours du pétrole compte tenu de cette position charnière clé.

 

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