Enquêtes du BTP aussi fiables que les sondages politiques ? Rérlexion de Philippe Dresto président de l’Observatoire National du Bâtiment

La question de la qualité des mesures réalisées par voie de sondage se pose actuellement aux vues des dernières prévisions qui se sont avérées erronées lors des présidentielles Américaines, ou plus près de nous lors du scrutin des primaires de droite la semaine dernière. Or les sondages, les mesures d’opinion sont des outils très utilisés dans de nombreux domaines, et le bâtiment ne fait pas exception.

Les enquêtes du BTP aussi fiables que les sondages politiques ? ?

Un peu d’histoire et de technique

La technique scientifiquement établie en 1934 par NEYMAN consiste à choisir aléatoirement un échantillon d’entreprises parmi un ensemble d’acteurs dont on veut étudier une ou plusieurs caractéristiques.

Pour se faire, la base de données doit être :

  • exhaustive : si la base n’est pas absolument complète, rien ne permet d’affirmer que les acteurs manquants ont les mêmes caractéristiques que les autres acteurs, le contraire est d’ailleurs le plus probable, et les résultats de l’enquête seront forcément biaisés. Et ce quelle que soit la méthode utilisée.Or, il est très difficile de disposer d’une base exhaustive. Même  les sources officielles diffusées par des organismes publics sont perfectibles en la matière. Par exemple, dans un article du  » Courrier des statistiques « , L’INSEE reconnaît lui-même que dans  le répertoire  » SIRENE « , 14 % des entreprises figurant dans le fichier ne sont plus en activité. Et parmi celles en activité 5 % ont un code APE faux, 28 % ont un effectif salarié mal renseigné, 19 % ont une raison sociale ou une adresse fausse (retour à l’envoyeur), etc. Comme toutes les bases, l’INSEE n’ a pas les moyens de tenir à jour un fichier si toutes les entreprises ne l’informent pas en temps réel de toutes leurs modifications.
  • Et pourtant, pour être efficace, la base doit être à jour. Souvent, lorsque des sondages politiques se sont révélés faux, c’est parce que le sondeur s’est appuyé sur une base de données, par exemple de catégories socioprofessionnelles, trop ancienne et donc erronée.

 

L’enquête ne portant que sur une partie des entreprises, les résultats sont forcément entachés d’un certain % d’erreur. La seule méthode scientifiquement établie, celle du sondage aléatoire, permet d’indiquer la précision des résultats, le niveau d’incertitude, en un mot le % d’erreurs possibles. Ce % d’erreur est scientifiquement établi dans des tableaux statistiques. On notera, résultat surprenant du calcul des probabilités, que la marge d’erreur ne dépend que du nombre de  » sondés  » et non de la proportion de sondés (le nombre de 100 sondés sur 1000 est aussi précis que celui 100 sondés sur 1 million).

D’autres méthodes empiriques, dites  » méthodes des quotas  » existent et sont utilisées la plupart du temps, faute de disposer d’une base exhaustive et à jour et de pouvoir respecter les conditions draconiennes d’un sondage aléatoire. Elles consistent à construire un échantillon soi-disant  » représentatif   » en sélectionnant les acteurs pour s’assurer que la structure de cet échantillon soit semblable à celle de l’ensemble, quitte à remplacer arbitrairement une entreprise par une autre pour se conformer à la structure préétablie. Ces méthodes, qui peuvent donner de bons résultats, ne permettent en aucune manière d’indiquer un quelconque niveau de précision du résultat, car elles n’ont aucun fondement scientifique. Ces méthodes sont utilisées dans tous les sondages politiques…

 

Une question de confiance récurrente…

Il y a plus de quarante ans, Frédéric Bon publiait un livre au titre évocateur « Les sondages peuvent-ils se tromper ? »[1]. À cette question, qui peut apparaître bien académique, mais qui implique des phénomènes réels vraiment sensibles, le volume n’apportait pas de réelle réponse tranchée. Il était fait référence à quelques échecs notables –entre autres l’erreur des sondages britanniques en 1970- mais contrebalancés par des réussites significatives. Il était entre autres souligné que « sur dix-neuf expériences tentées à l’occasion de sept scrutins, les instituts britanniques affichent dix-sept succès ». La question : est-ce que les deux erreurs sont importantes ?

Quelle réponse donnerions-nous aujourd’hui à la même question en examinant les performances des instituts de sondage dans les dernières campagnes d’intentions de vote ? Changent-elles la face du monde ? Certains diront que oui, d’autres que non !

Pour prendre du recul, chacun a en mémoire quelques erreurs de prévision majeures des sondages réalisés lors de campagnes électorales en France. L’erreur la plus grave aura été certainement faite lors de l’élection présidentielle de 2002. Ne pas avoir clairement annoncé le ballottage entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac a été en partie la cause du séisme politique qui s’en est suivi. Si l’élimination de Lionel Jospin n’a pas été clairement annoncée, elle ne pouvait être écartée à la lecture des intentions de vote et des courbes respectives des 3 principaux candidats.

L’opinion publique et les médias ont d’ailleurs, à l’époque, sévèrement reproché aux sondages cette erreur et les en ont tenus pour responsables. La sphère politique s’est également emparée du sujet à voix haute et forte et l’analyse politique de l’échec de Lionel Jospin a ainsi longtemps été mise au second plan au profit d’une sévère critique des sondages.

Cette critique est nécessaire, mais elle implique que tous les acteurs, commanditaires, sondeurs, médias, commentateurs et analystes soient au fait des méthodes, connaissent les notes méthodologiques de réalisation des enquêtes, les calendriers de campagnes, les implications et les biais possibles. Bref, autant de points qui ne sont jamais repris dans les analyses, l’important est de communiquer à tout prix des chiffres pour faire le « buzz ». Or savoir ce que l’on peut en tirer et ce que l’on ne peut dire (ou pas !) à partir des données recueillies est primordial.

Les facteurs principaux qui peuvent faire la différence sont liés plus à des facteurs économiques et à des spécificités du comportement politique qu’à des problèmes techniques, comme le souligne Friche. Alors : erreurs d’échantillonnage, mode de recueil des données posant problème, fausses déclarations des électeurs, questionnaires trop facilement décodés par les personnes interrogées, indécision d’une frange de plus en plus importante du corps électoral jusqu’au jour même de l’élection ? Cette série de questions n’est pas exhaustive, mais doit être abordée si l’on souhaite améliorer la qualité des enquêtes quantitatives.

[1] Chez Calmann Levy – 1974

Enquêtes du BTP aussi fiables que les sondages politiques ?
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