Evolution du prix de l’énergie : l’électricité

Evolution du prix de l’énergie : l’électricité

Evolution du prix de l’énergie : l’électricité (épisode 3/3) par Philippe Dresto de l’Observatoire National du Bâtiment (ONTS BTP)

Evolution du prix de l’énergie : l’électricité

Perspectives énergétiques : boule de cristal ou réalité scientifique ? – volet énergie électrique

Dernier volet de notre saga sur les prix de l’énergie, cette semaine le blog de la rénovation propose un point de vue sur les perspectives de prix de l’electricité toujours au travers du même prisme utilisé pour étudier pétrole et gaz.

Les constituants de scenarii de prix de l’énergie

Sur les fondements de ces déterminants, il est possible d’esquisser des bases de scénarios sous la forme de « couches successives » qui intègrent les composantes qui précèdent :

  • Une couche strictement rationnelle au plan énergétique et économique, c’est-à-dire tenant compte des paramètres techniques d’extraction à l’exclusion de toute considération géopolitique et financière concernant notamment le pétrole ;
  • Une analyse construite sur les mêmes bases que la précédente avec un découplage des prix du gaz par rapport au pétrole ;
  • Une couche de scénario qui tente de prendre en compte les comportements stratégiques et financiers des pays producteurs, des compagnies et des actionnaires dans un contexte économique stable ;
  • Une couche qui ajoute aux précédentes les risques géopolitiques spécifiques à chaque énergie ;
  • Une couche de scénario qui intègre ensuite la contrainte de décarbonisation du secteur électrique, une forte réduction de la consommation de combustibles fossiles et un développement des énergies renouvelables au titre de la lutte contre le changement climatique.

Cette démarche progressive permet de bien isoler chacune des composantes de la formation des prix. Il s’agit donc là plus de déterminants plus que de scénarios au sens strict.

Une couche rationnelle au plan énergétique à partir des paramètres techniques

Avec la privatisation des compagnies et le démantèlement des monopoles publics nationaux la situation est devenue très complexe. Il faut clairement distinguer deux marchés de l’électricité : le marché de la base et le marché spot en pointe. Tandis que le premier est déterminé par les moyens de production nationaux (en France, le nucléaire et l’hydraulique au fil de l’eau), le prix du marché spot en pointe est aligné sur la centrale marginale appelée par le réseau, c’est-à-dire la dernière mise en fonctionnement qui assure en situation de pointe l’équilibre entre l’offre et la demande sachant que l’électricité ne se stocke pas. Ce prix de la pointe correspondant à la mise en service d’une centrale à gaz à cycle simple, il est donc en pratique indexé sur le prix du gaz naturel.

Si le marché de la base est stable, le marché de la pointe peut atteindre des valeurs excessives. La dépendance du marché de pointe est en pratique proportionnelle à la part du chauffage électrique dans les divers pays européen. Ainsi, RTE attire l’attention sur le fait que la pointe de consommation hivernale française représente à elle seule la moitié de la pointe européenne ! Et au chauffage électrique s’ajoutent les consommations en fortes croissance de l’électronique de loisirs et des autres usages électroménagers.

Il y a là un facteur important de vulnérabilité qui fait qu’en pratique une part croissance du chauffage électrique est indexée sur le prix du gaz modulo le faible rendement des turbines à gaz à simple cycle utilisées pour assurer ces consommations.

  • Le renouvellement du parc de production électrique

Alors que l’essentiel des investissements de production existants ont été réalisés en réponse aux chocs pétroliers sur la période 1973-1985, peu d’investissements ont été effectués dans la période suivante notamment depuis la privatisation des entreprises.

La période qui vient se présente dans un contraste total :

  • Des investissements lourds dans le parc de production électrique avec soit une prolongation de vie des réacteurs nucléaires de 20 ans avec plus d’un milliard d’euros à engager dans chacun (remplacement des générateurs de valeur et de différents organes techniques (mais pas la cuve) et des améliorations qui tirent enseignement de l’accident de Fukushima (sécurisation des réseaux d’approvisionnement en électricité et en eau, mise sous enceinte de confinement des piscines, protection des groupes électrogènes, recombineurs d’hydrogène, réserve d’eau complémentaire)) ;
  • Le renforcement du réseau électrique notamment pour interconnexion au plan européen pour palier à la forte augmentation de la pointe alors que la consommation électrique augmente faiblement (voir rapport de RTE) ;
  • Les investissements à réaliser pour économiser l’électricité et développer les énergies renouvelables.

Les diverses estimations existantes mentionnent la réalisation d’environ 400 milliards d’investissements d’ici 2040, les montants d’investissements sont d’un même ordre de grandeur en cas de recours au nucléaire ou non. Ils incluent le coût de démantèlement des réacteurs et de gestion des déchets à vie longue. Ils varient essentiellement en fonction du niveau d’économies d’énergie réalisées. Mais on ne peut dans ce genre d’appréciation isoler le secteur électrique des autres investissements de production et de consommation d’énergie.

L’évaluation effectuée par EDF est celle d’une augmentation de 30 à 40% du coût du kWh dans la période à venir pour assurer ces investissements. La Commission de Régulation de l’Energie prend pour sa part une augmentation de 30% du kWh dans les années à venir pour assurer le financement de ces investissements.

Une couche qui prend en compte les positionnements des pays producteurs, des professionnels, des acteurs financiers et des actionnaires

Il ne fait pas mystère que la privatisation des compagnies électriques débouche sur une cotation en bourse avec une attente de rémunération des actionnaires qui avoisine les 15% par an. Dans le système précédent de monopole public national, l’Etat prélevait également une redevance, mais celle-ci était fonction des résultats. Il ne prélevait rien lors des années d’exercice déficitaire. Il est donc difficile d’évaluer le surcoût que représente le passage d’un système public à un système aligné sur le marché. On peut considérer que cela induit une hausse des coûts proche de 10%.

Une couche qui intègre les risques géopolitiques

La question telle que formulée ne se pose guère dans les mêmes termes pour l’électricité. Le marché de celle-ci est essentiellement déterminé par des échanges entre pays directement voisins.

La nature du risque, s’il elle peut être classée de nature géopolitique, est celle du risque lié à l’énergie nucléaire. Après trois accidents nucléaires graves : Three Miles Island aux Etats-Unis en 1979, celui de Tchernobyl en URSS en 1986 et ceux de Fukushima au Japon en 2011, un accident majeur dans l’Union Européenne aboutirait d’autant plus à une remise en cause qu’elle interviendrait dans une zone du monde de forte densité de population. Les 146 réacteurs de l’Union Européenne assurent 15% de la production électrique. Leur remise en cause ne serait pas insurmontable car de l’ordre de grandeur des économies d’électricité réalisables en temps de crise par des optimisations techniques et des améliorations de comportement. Mais la situation induite serait critique pour la France, la Belgique et la Finlande où les parts de marché sont beaucoup plus importantes. Il faudrait dans cette hypothèse assumer une part croissante d’importation d’électricité en provenance d’autres pays européens.

Une couche qui intègre la contrainte de décarbonisation de l’économie

Dans le domaine de l’électricité, trois réponses différentes sont clairement possibles :

  • Un recours accru au nucléaire,
  • Le développement des énergies renouvelables,
  • Et surtout, la solution la plus économique, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les applications électriques.

Si tous aujourd’hui s’accordent sur le caractère central de cette dernière réponse, un autre enjeu continue de fortement diviser car il dépend des scénarios énergétiques qui seront effectivement mis en œuvre, il s’agit du chauffage électrique.

Trois évolutions sont possibles :

  • La part significative d’appel aux centrales nucléaires pour alimenter les chauffages électriques et à des énergies renouvelables maintient un niveau faible d’émission de carbone sachant que l’appel en complément à des turbines à gaz à simple cycle présentera un bien plus mauvais rendement que des chaudières gaz à condensation.
  • L’accroissement des parts de marché en faveur du chauffage électrique nécessite d’accroître l’appel à des turbines à gaz sachant que des réacteurs nucléaires ne peuvent trouver leur équilibre économique au-delà de la base avec des appels de puissance inférieurs à 5000 heures par an. Ainsi si la part de la production d’électricité d’origine nucléaire devrait être réduite dans les décennies qui viennent, cela signifie que ce serait des turbines à gaz qui devraient prendre le relais. On se retrouverait alors vite devant la situation suivante : un chauffage électrique consommerait davantage de gaz qu’un chauffage à gaz. Le seul correctif possible serait alors l’abandon du chauffage électrique par effet joule pour le remplacer par des pompes à chaleur (puisant les calories dans la nappe phréatique ou le sol) en assurant ainsi également la climatisation l’été.
  • Le remplacement progressif d’une partie des chauffages électriques par des pompes à chaleur (qui s’accompagnent d’une division par 2,5 des consommations d’électricité) et par d’autres solutions non émettrices nettes de CO2, le chauffage bois et la valorisation des déchets notamment.

Cette question est difficile à trancher tant les exercices de prospective divergent. Il reste clair que le chauffage à eau chaude (en dehors des petits studios) reste une solution à privilégier du fait de sa versatilité, c’est-à-dire sa capacité à passer rapidement d’une source d’énergie à une autre.

Conclusion sur l’évolution du prix de l’énergie : l’électricité

Comme il a été dit précédemment, il faut compter sur une augmentation durable du prix de l’électricité de l’ordre de 40% du coût du kWh pour les prochaines années.

Le prix des énergies renouvelables

Leur prix devrait continuer de suivre une pente de baisse des coûts du fait des progrès techniques mais surtout d’effet de série et de meilleure maîtrise par les professionnels. Cette baisse portera davantage sur la production que sur les usages thermiques où les technologies sont déjà matures (bois, géothermie et solaire thermiques).

Evolution du prix de l’énergie : le gaz

Evolution du prix de l’énergie : le gaz

Evolution du prix de l’énergie : le gaz (épisode 2/3) par Philippe Dresto de l’Observatoire National du Bâtiment (ONTS BTP)

Evolution du prix de l’énergie : le gaz

La question des prix de l’énergie est au cœur des politiques de transition en cours de mise en oeuvre en France.

Raréfaction des ressources, tensions géopolitiques, modes productifs, voila autant de paramètres qui influent directement sur le prix des énergies, sans que les entreprises puissent influer directement sur ces derniers. Après le cadrage la semaine dernière sur les orientations possibles du prix du pétrole, sur le même principe c’est maintenant le marché du gaz, que nous proposons d’explorer ensemble.

Les constituants des scénarii de prix de l’énergie

Sur les mêmes fondements de déterminants que pour le pétrole, il est possible d’esquisser des bases de scénarios sous la forme de « couches successives » qui intègrent les composantes qui précèdent :

  • Une couche strictement rationnelle au plan énergétique et économique, c’est-à-dire tenant compte des paramètres techniques d’extraction à l’exclusion de toute considération géopolitique et financière concernant notamment le pétrole ;
  • Une analyse construite sur les mêmes bases que la précédente avec un découplage des prix du gaz par rapport au pétrole ;
  • Une couche de scénario qui tente de prendre en compte les comportements stratégiques et financiers des pays producteurs, des compagnies et des actionnaires dans un contexte économique stable ;
  • Une couche qui ajoute aux précédentes les risques géopolitiques spécifiques à chaque énergie ;
  • Une couche de scénario qui intègre ensuite la contrainte de décarbonisation du secteur électrique, une forte réduction de la consommation de combustibles fossiles et un développement des énergies renouvelables au titre de la lutte contre le changement climatique.

Cette démarche progressive permet de bien isoler chacune des composantes de la formation des prix. Il s’agit donc là plus de déterminants plus que de scénarios au sens strict.

Evolution du prix de l’énergie : le gaz naturel en France

Une couche rationnelle au plan énergétique à partir des paramètres techniques

Les déterminants de l’évolution des prix du gaz naturel dépendent davantage des conditions de transports que des ressources.

Le gazoduc North Stream qui relie la Russie à partir de Vyborg et qui rejoint l’Allemagne par la Baltique a été inauguré en septembre par Vladimir Poutine. Le premier tube sera en service en 2012.

Le prix du gaz sera également lié au développement des ports méthaniers qui pourront recevoir du gaz en provenance du Qatar. Par contre les ressources traditionnelles de l’Europe de l’Ouest (Algérie et Norvège) entrent en déclin.

L’incertitude porte concernant le gaz concernant l’augmentation de la demande de l’Union Européenne pour assurer la production électrique dans un contexte de réduction de la production d’origine nucléaire et de besoin d’assurer le suivi de charge en complément des énergies renouvelables.

Une couche avec découplage des prix du gaz par rapport au pétrole

S’il est clair que le marché pétrolier est surtout déterminé par la rigidité du secteur des transports (surtout le transport des personnes), le marché du gaz résulte de deux déterminants totalement différents :

  • Le marché des consommations d’énergie à des fins thermiques ;
  • La production électrique.

Comme le gaz naturel est en très grande partie consommé dans les pays développés et très peu encore dans les pays émergents, son marché devrait être sensible au ralentissement économique. Or, les besoins de chauffage sont assez peu sensibles aux conjonctures économiques. En outre, l’accident de Fukushima place clairement le gaz naturel comme énergie privilégiée pour la production électrique compte tenu du report de commandes de réacteurs nucléaires et la nécessité d’éviter le recours au charbon pour des raisons de pollution de l’air et de lutte contre le changement climatique.

Ainsi après un net décrochage des cours du gaz naturel après la crise de 2008 par rapport au pétrole, il semble que l’on assiste maintenant à un redressement des cours du gaz.

La sortie du nucléaire confirmée par l’Allemagne et la Suisse après l’accident de Fukushima induisent un recours accru aux turbines à gaz pour assurer les pointes de consommation sachant que la capacité de réponse des énergies renouvelables (éolien) est, à ce moment critique de l’année, non garanti.

Dès lors, un découplage du prix du gaz naturel par rapport au pétrole devient plus incertain depuis Fukushima.

  • Une couche qui prend en compte les positionnements des pays producteurs, des professionnels, des acteurs financiers et des actionnaires
  • Le gaz naturel

La situation est très différente concernant le gaz naturel. Le rôle des marchés y est moins déterminant que les facteurs techniques d’approvisionnement et les aspects géopolitiques. Les relations contractuelles sont beaucoup plus stables car liée à une logistique beaucoup plus lourde.

Une couche qui intègre les risques géopolitiques

  • La question essentielle est liée au comportement de la Russie. Il faut clairement en la matière distinguer deux niveaux.
  • Celui du comportement de la Russie vis-à-vis des républiques de l’ex-URSS. Plusieurs fois déjà la Russie a utilisé la menace de coupure de gaz à l’encontre de l’Ukraine pour revaloriser le tarif. Il est clair que la Russie utilise la dépendance de certaines républiques pour leur approvisionnement énergétique pour tenter progressivement de les réintégrer dans une grande Russie.
  • La situation est différente vis-à-vis de l’Union Européenne. La Russie est tout autant dépendante de l’Union Européenne que l’inverse. Ses ventes de pétrole et de gaz à l’Union Européenne est la première source de recette de l’Etat russe. Celui-ci a donc tout intérêt à une relation partenariale stable. La construction du gazoduc North Stream à travers la Baltique prouve bien la capacité de la Russie à séparer les deux questions.

Il n’y a donc pas de risque géopolitique prévisible pour l’approvisionnement en gaz naturel de l’Union Européenne. Même en cas de changement de pouvoir en Russie, celui-ci comprendra vite que les recettes de l’Etat dépendent des achats de gaz par l’Union Européenne.

Une couche qui intègre la contrainte de décarbonisation de l’économie

  • Les préoccupations environnementales favorisent clairement une transition énergétique passant pas un usage accru du gaz naturel, le temps que les politiques d’efficacité énergétique et surtout celles de développement des énergies renouvelables puissent se développer.

Or l’énergie privilégiée pour le chauffage des bâtiments est encore le gaz naturel.

Une politique de décarbonisation de l’économie passera essentiellement par un programme de réhabilitation des logements anciens : les potentiels d’économie sont de loin supérieurs aux potentiels de substitution entre énergies (l’essentiel a déjà été fait avec l’éviction du charbon et de l’essentiel du pétrole de la production de chaleur).

Conclusion su l’évolution du prix de l’énergie : le gaz

Pour le, le prix du gaz naturel, il a été souligné à quel point la croissance de la consommation de gaz naturel dans la dernière décennie était vive. Le potentiel de développement du gaz naturel est très important car sa consommation reste relativement faible dans les pays émergents et les pays en développement. En outre, le gaz naturel sera dans tous les scénarios l’énergie qui assurerait l’équilibre des réseaux électriques : consommation de pointe en cas de recours au nucléaire, comblement des intermittences en cas de recours massif aux énergies renouvelables. Il resterait également l’énergie privilégiée pour les usages thermiques domestiques, tertiaires et industriels.

Il faut donc tabler sur son indexation durable sur les cours du pétrole compte tenu de cette position charnière clé.

 

Evolution du prix de l’énergie : le pétrole

Evolution du prix de l’énergie : le pétrole

Evolution du prix de l’énergie : le pétrole (épisode 1/3) par Philippe Dresto de l’Observatoire National du Bâtiment (ONTS BTP)

Evolution du prix de l’énergie : le pétrole

La question de l’évolution du prix de l’énergie est au cœur des politiques de transition en cours de mise en oeuvre en France. Raréfaction des ressources, tensions géopolitiques, modes productifs, voila autant de paramètres qui influent directement sur le prix des énergies, sans que les entreprises puissent influer directement sur ces derniers. Le blog de la rénovation vous propose de décortiquer ces mécaniques en 3 volets, cette semaine, le pétrole…

Les constituants de scénarii de prix de l’énergie

Sur les fondements de ces déterminants, il est possible d’esquisser des bases de scénarios sous la forme de « couches successives » qui intègrent les composantes qui précèdent :

  • Une couche strictement rationnelle au plan énergétique et économique, c’est-à-dire tenant compte des paramètres techniques d’extraction à l’exclusion de toute considération géopolitique et financière concernant notamment le pétrole ;
  • Une analyse construite sur les mêmes bases que la précédente avec un découplage des prix du gaz par rapport au pétrole ;
  • Une couche de scénario qui tente de prendre en compte les comportements stratégiques et financiers des pays producteurs, des compagnies et des actionnaires dans un contexte économique stable ;
  • Une couche qui ajoute aux précédentes les risques géopolitiques spécifiques à chaque énergie ;
  • Une couche de scénario qui intègre ensuite la contrainte de décarbonisation du secteur électrique, une forte réduction de la consommation de combustibles fossiles et un développement des énergies renouvelables au titre de la lutte contre le changement climatique.

Cette démarche progressive permet de bien isoler chacune des composantes de la formation des prix. Il s’agit donc là plus de déterminants plus que de scénarii au sens strict.

source : base de données Pégase du Service de l’observation et des statistiques (SOeS).

Une couche rationnelle au plan énergétique à partir des paramètres techniques

Il est clair que le prix du pétrole est actuellement en dessous de sa valeur technique.

La crise économique se traduit par une contraction de la demande de combustibles fossiles détendant les relations entre la demande et l’offre. Cependant, cela n’a pas toujours été le cas, et de 2010 à 2014, le prix du pétrole était bien dessus de cette valeur technique.

Plusieurs facteurs techniques expliquent en partie cette absence de contraction de la demande :

  • Une absence de croissance économique se traduit par une réduction des investissements de modernisation des équipements consommateurs, qui vieillissant voient leur efficacité énergétique tendanciellement se dégrader ;
  • L’élasticité de la consommation d’énergie par rapport aux prix est faible à court terme ; c’est un point qui se vérifie lors de tous les épisodes de hausse des prix ; cette élasticité croit avec le temps à travers une prise en compte lors des achats de biens durables d’une préoccupation d’économie d’énergie (achat de voiture, d’électroménager, renouvellement d’appareils de chauffage). Ce décrochage de la demande en fonction du niveau de prix n’est donc constatable que progressivement.

En conséquence, le prix du pétrole aurait dû redescendre dans une place 60-80 $ le baril dans un contexte de quasi absence de croissance économique dans l’Union Européenne, aux Etats-Unis et au Japon, mais de croissance toujours vive dans les pays émergents. C’est ce qui se passe depuis le second semestre 2015.

A noter que le raffinage se concentre maintenant sur les pays producteurs et déserte les pays consommateurs, il y aurait donc peu d’investissements de production à réaliser en France dans l’amont de la chaîne pétrolière.

Une couche qui prend en compte les positionnements des pays producteurs, des professionnels, des acteurs financiers et des actionnaires

C’est là aujourd’hui le facteur qui a le plus d’importance dans la structure de formation des prix des énergies. A cela plusieurs raisons :

  • Les recettes pétrolières et gazières restent les sources principales de financement d’un grand nombre d’Etats comme la Russie. Les pays producteurs jouent clairement une stabilisation des cours à un niveau élevé.
  • La cause principale des hauts prix des énergies réside dans le comportement des acteurs financiers et des actionnaires qui exigent une stabilité de leur rémunération dans un contexte de volatilité financière particulièrement importante. L’une des grandes nouveautés de la période tient dans le fait que dès que des entreprises n’assurent plus une stabilité de rémunération de leurs actionnaires, ceux-ci les quittent pour d’autres secteurs jugés plus profitables.
  • Les compagnies en charge de l’exploration ne connaissent plus la situation de surchauffe d’activité qu’elles avaient connues entre 2005 et 2008. Néanmoins les gisements mis en exploitation présentent d’importants coûts de développement et l’accident de la plateforme BP dans le Golfe du Mexique nécessite de renforcer les dispositions techniques pour l’extraction du pétrole off-shore profond.
  • Des rigidités subsistent sur l’acheminement du pétrole, par exemple celui extrait de la Mer Caspienne compte tenu des conflits qui existent concernant les tracés des oléoducs.
  • L’instabilité sociale plus que géopolitique de la plupart des pays producteurs à commencer par les pays riverains du golfe arabo-pe
  • Une couche qui intègre les risques géopolitiques
  • Le pétrole

Trois facteurs géopolitiques pèsent lourdement sur les prix du pétrole du Moyen-Orient : le conflit toujours sans solution entre les israéliens et les palestiniens, les tensions induites par l’Iran qui poursuit son programme nucléaire tandis que l’Irak est très affaibli – il faut rappeler que l’essentiel des champs pétroliers du Golfe sont en zone de populations chiites (nord de l’Arabie Saoudite, zone de Bassorah en Irak…), à cela s’ajoute le fait que les révolutions arabes tirent les prix vers le haut, les Etats ayant besoin de renforcer leurs politiques sociales face aux contestations.

En outre, le marché a été fortement sensible en 2011 aux risques qui pèsent sur la continuité d’approvisionnement : en Libye et en Irak avec le retrait des troupes américaines.

Une couche qui intègre la contrainte de décarbonisation de l’économie

Il est clair que la préoccupation de lutte contre le changement climatique est maintenant nettement en recul. A cela deux causes majeures :

  • Les échecs (ou les difficultés ressenties comme telles) des négociations internationales sur le climat avec le retrait total du Canada du Protocole de Kyoto aux côtés des Etats-Unis et l’absence de prise d’engagements pour la seconde période du Protocole de Kyoto de la part de l’Australie, du Japon et de la Russie. Cette situation perdurera d’ici 2020, date d’entrée en vigueur d’un nouvel accord qui devrait inclure les pays émergents. Il est clair que les difficultés de la négociation internationale percole jusqu’au niveau des collectivités locales et des entreprises qui s’interroge sur leur obligation à agir quand des pays majeurs se dégagent de tout engagement contraignant.
  • Il est clair également que la conjoncture économique joue un rôle déstabilisateur tant les préoccupations économiques et sociales ont repris un caractère d’absolue priorité.
  • La question de la décarbonisation de l’économie ne porte que dans une moindre mesure sur le secteur du bâtiment mais se focalise pour ce qui concerne le pétrole sur les transports.

Conclusion évolution du prix de l’énergie : le pétrole

Le prix du pétrole devrait se stabiliser dans une plage 80$-130$/bl pendant une certaine période car au-delà de ce niveau le prix n’est plus sur la durée supportable par les consommateurs et au-desous la rentabilité économique n’est pas durable.

Toute la question est de savoir quand le prix du pétrole sera confronté ensuite à la fois à des coûts de production en forte hausse et à une demande mondiale qui excèdera fortement l’offre. Son prix dépasserait fortement ce niveau et pourra se situer entre 150 $ et 200 $/bl. Il se reconstituerait alors un nouveau niveau d’équilibre entre l’offre et la demande. Ce ne sont pas alors les jeux des acteurs du côté de la production et des intermédiaires financiers qui structureront les prix mais la capacité des consommateurs à suivre les niveaux alors atteints. Un prix élevé du transport affecterait fortement le transport en pénalisant les populations des zones rurales et des pays pauvres. Il est clair que dans une telle éventualité, le marché du pétrole tendrait à se resserrer sur le secteur où il est indispensable le secteur des transports surtout sur longue distance.

 

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