Le BTP se féminiserait-il en France

Le BTP se féminiserait-il en France

Le BTP se féminiserait-il en France par Philippe Dresto de l’Observatoire National du bâtiment.

Le BTP se féminiserait-il ?

Les femmes dans le bâtiment… la preuve par les chiffre

Au lendemain de la journée de la femme, je me suis demandé si le secteur du bâtiment était en train de se féminiser ?
Par nature masculin, le secteur du BTP semble tout de même s’ouvrir aux femmes et c’est une bonne nouvelle. Bâtir au féminin annonce la FFB sur son site… c’est vrai que les chiffres parlent d’eux même :

11,1 % de femmes salariées dans le bâtiment en 2010

  • 1,6 %parmi les ouvriers
  • 15,4 %parmi les cadres
  • 47,1 %parmi les employés et techniciens

23 % de femmes parmi les élèves ESJDB (Ecole Supérieure des Jeunes Dirigeants du Bâtiment) qui se préparent à reprendre une entreprise contre 8% en 1994.

10 000 femmes en formation initiale en 2011-2012

  • 4,8%du CAP au BTS
  • 14 %en DUT et Bac+3 (17% en IUT Génie Civil)
  • 25%en formation d’ingénieurs

3000 femmes chefs d’entreprises, co-dirigeantes, conjointes collaboratrices… participent à l’un des 85 Groupes femmes du Bâtiment de la FFB.

  • 27% des PME-TPE ont une femme à leur tête, dont 24% dans la construction

Source : FFB

le BTP se féminiserait en France ?

L’évolution technique des filières permet cette mutation positive

C’est notamment la tendance à la mécanisation du secteur qui permet aux femmes d’accéder à des fonctions au sein de ces filières techniques traditionnellement masculines.
Grâce aux engins de levage, aux matériels et conditionnements plus légers, les conditions de travail s’améliorent pour les salariés du bâtiment. Le public susceptible d’accéder à ces taches, jadis très physique, s’élargit de plus en en plus, et pour les femmes les perspectives sont nouvelles. L’arrivée des femmes sur les chantiers accélère d’ailleurs ce mouvement, au bénéfice de tous les salariés.

Aujourd’hui, selon la FFB, elles sont présentes dans les 32 métiers du bâtiment à tous les niveaux de responsabilité : ouvrières, techniciennes, ingénieures, conductrices de travaux, chargées d’affaire… ou chefs d’entreprise. Grutières, maçonnes, carreleuses, électriciennes, peintres, ingénieures, conductrices de travaux… elles s’intègrent parfaitement dans les entreprises et sont reconnues pour favoriser la modernisation et l’image du bâtiment.

L’atout : un chantier Au Féminin

La présence de femmes sur le chantier et dans le bâtiment en général est un atout. C’est prouvé sociologiquement, elles sont souvent plus motivées que les hommes et elles font preuve d’une plus grande rigueur dans le travail.

Les femmes sont caractérisées par des traits de caractère qui leur permettent d’apporter de réelles valeurs ajoutées à la filière. Elles sont organisées, capables de conduire des travaux avec un grand savoir-faire. Plus pointues dans le relationnel, elles sont obsédée par la qualité du travail et la sécurité, dotées d’une grande patience elles ont un rôle pacificateur sur les chantiers. Elles exercent leur métier avec passion

Les secteur est prometteur pour les femmes, car même dans un contexte économique dégradée, le bâtiment continue à recruter, toujours d’après la FFB, environ 60.000 personnes par an pour remplacer les nombreux départs en retraite et pour faire face aux nouveaux marchés (économies d’énergie, accessibilité…). Ce sont autant d’opportunités d’emplois pour les femmes.

D’ici 10 ans, 50% des chefs d’entreprise du bâtiment seront partis à la retraite. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se former pour créer ou reprendre une entreprise et elles ont bien raison !

 

Offre globale rénovation : la bonne idée ?

Offre globale rénovation : la bonne idée ?

Offre globale rénovation – analyse de Philippe Dresto de l’Observatoire national du bâtiment

L’offre globale rénovation : un vrai bon concept ou une fausse bonne idée ?

Le marché de la rénovation, et les segments de la rénovation énergétique en particulier, constituent des opportunités de marché intéressantes pour les entreprises du bâtiment, à un moment ou le segment du neuf semble en panne de croissance depuis maintenant près de 10 ans. Ainsi comme le montre les résultats de la dernière note de la Conjoncture de la CAPEB de janvier 2016 « Le volume des travaux d’Amélioration de la Performance Énergétique des Logements affiche une progression de 1 % (comme au trimestre précédent)». Pour reprendre la communication des ECO Rénovation, « Pour être efficaces, les travaux de rénovation énergétique d’un logement nécessitent une plus grande gestion des interfaces entre les entreprises ». Cette idée est reprise par la FFB à travers la communication sur sa marque « Les Pro de la performance Energétique » avec la mise en avant de l’impact différentiant de porter une offre globale « Dans un marché en forte expansion mais très concurrentiel, il est indispensable de se distinguer en mettant en avant tous ses atouts. »

Dans cette dynamique et afin d’asseoir une reconnaissance des professionnels à porter ces compétences, les pouvoirs publics ont souhaité étendre la mention « offre globale » aux professionnels certifiés RGE. Ainsi la Notion CERTIBAT , filiale de Qualibat , « Offre Globale de Rénovation Energétique » propose un signe de qualité qui permet à un professionnel de prouver sa capacité à proposer et réaliser des offres globales de rénovation énergétique, alors que jusqu’à présent, seuls les entreprises et artisans pouvaient être « Reconnus Garants de l’Environnement » par l’intermédiaire de qualifications. Les entreprises certifiées permettront à leurs clients de pouvoir bénéficier du Crédit d’Impôt Développement Durable et de l’Eco-Prêt à Taux Zéro.
L’opportunité est à la fois économique et sociale, mais elle implique souvent une manière de travailler différente qui peut être vue comme une contrainte pour des entreprises à l’esprit foncièrement indépendant. L’enjeu pour les artisans du bâtiment et de faire de cette contrainte une opportunité, l’opportunité de gagner en efficacité en travaillant ensemble, on rejoint ici d’ailleurs la notion de BIM.

Vous avez dit offre globale rénovation ?

On entend par offre globale rénovation, la capacité d’une ou de plusieurs entreprises à proposer une prestation transverse couvrant plusieurs corps de métiers ayant attrait au gros œuvre, au second œuvre technique et à la finition. On imagine alors aisément l’apparition de chocs culturels entre des métiers, certes complémentaires, mais encore très ancrée dans leurs traditions respectives. Il est souvent souligné l’aspect « siloté » des métiers du bâtiment, l’offre globale brise ce concept. Après l’offre globale n’est pas une nécessité, une entreprise peut décider de se spécialiser dans son métier et opter pour un positionnement d’hyper expertise, à chacun son histoire.

Pour ceux qui choisissent de porter l’offre globale rénovation, plusieurs voies sont possibles.
Tout d’abord, l’entreprise doit faire le choix de rester seule ou plutôt de s’allier avec d’autres. Elle doit également identifier une stratégie d’acquisition de compétences. On identifie globalement 3 modèles économiques :

  • L’entreprise s’allie à d’autres entreprises, chacun conservant ses propres moyens
  • Des entreprises choisissent de partager des moyens pour porter une offre identifiée en tant que telle
  • L’entreprise choisit de rester seule et d’intégrer de nouvelles compétences

Il n’y a pas, par définition, de modèle meilleur qu’un autre, il s’agit pour l’entrepreneur d’un choix de positionnement stratégique qu’il fera selon son ambition pour son entreprise, la typologie de ses marchés, la structure et l’état de son entreprise. A chacun de réinventer son offre globale rénovation.

Les conditions de la réussite

Vous l’aurez compris, l’offre globale implique une manière « nouvelle » de travailler pour beaucoup d’entreprises. Elle nécessite de fait souvent des montées en compétences significatives. Plusieurs champs de compétences sont à explorer :

  • Mieux vendre et communiquer
  • Travailler à plusieurs
  • Intégrer la filière de manière horizontale

L’offre globale rénovation constitue donc une nouvelle approche qu’il s’agit de faire comprendre à ses clients. Par définition, la mise en place d’un climat de confiance est essentielle pour la réussite d’un chantier. Comment rassurer son client, lorsque l’on est chauffagiste, que l’on peut également s’occuper de l’isolation des combles ?… Tout est question de communication et de construction de l’offre. Identifier les compétences clefs, expliquer simplement les processus opérationnels, apporter la preuve de l’efficacité du système, être lisible et visible, voici autant de point marketing que l’entreprise qui porte une offre globale aura à traiter.

Ensuite l’offre globale nécessite dans la plupart des cas de travailler à plusieurs, c’est-à-dire, d’un point de vue sociologique, d’accepter l’autre, de comprendre son implication dans la chaine de valeur du chantier. La capacité de coordination de chantier est essentielle. Le porteur de l’offre global est garant du bon fonctionnement du groupe de compétences en interne et de l’organisation harmonieuse du travail. Mais il est également l’interlocuteur unique pour le client, il est le soutien du maitre d’ouvrage et il assure le suivi et le maintien de la confiance tout au long des opérations.

Enfin, le porteur de l’offre globale rénovation est un référent technique. Ne pouvant être expert dans tous les domaines, il doit savoir un peu sur tout et s’entourer d’experts métiers. L’intégration des volets amont et aval du chantier est également essentiel. L’offre globale intègre les prestations de bureau d’étude. Les dimensionnements selon les choix d’énergie, les structures de bâti constituent un point clef de la réussite du projet et de la capacité de l’entreprise à tenir sa promesse vis-à-vis de son donneur d’ordre. En aval du chantier, l’entreprise continue d’accompagner son client en lui assurant une prestation de maintenance, de suivi des consommations, de vie de son passeport travaux…

Voila autant d’éléments qui impliquent des montées en compétences significatives et dont la filière s’est déjà emparée.

L’offre globale rénovation déjà une réalité au quotidien

Oui les acteurs de la filière se sont emparés du sujet. Des initiatives sur l’ensemble de la France existe. J’en reprndrais en particulier 2 que je connais bien. Tout d’abord Rénovact’if. Il s’agit d’une association à laquelle adhère des entreprises du bâtiment d’horizon métiers différents mais partageant l’envie de travailler ensemble pour porter une offre globale. Cette association n’a pas vocation à porter de « business » en tant que tel, mais bien de garantir la montée en compétences des entreprises et d’identifier les pièges de l’offre globale.

Pour le volet business, certains entrepreneurs ont pris les devants. L’exemple de la rénovation pour tous Sud Ouest en est la preuve vivante. Voici une entreprise, à la base active dans le génie climatique, qui a construit une analyse stratégique de son positionnement relativement à l’émergence des énergies renouvelables, de la transition énergétique, de la transition numérique et qui a fait le choix d’un virage dans son existence. Le positionnement retenu a été celui de porter l’offre globale à plusieurs avec des moyens partagés. Il a été créé une société coopérative mettant en jeu un maçon, un plaquiste, un menuisier et une entreprise de génie climatique. Ensemble ils ont constitué une nouvelle société, construit une image, développer une communication pour porter une offre globale de travaux de rénovation. L’ambition est d’être un facilitateur et un créateur de confiance. Les envies sont là, des moyens sont disponibles, il s’agissait alors de transformer cela en chantiers et le pari semble gagné.

Les principaux atouts de l’offre globale rénovation

Vous l’aurez compris, il n’est pas de choix stratégique meilleur qu’un autre et souvent les entreprises s’aperçoivent a posteriori qu’elles faisaient déjà de l’offre globale rénovation sans le savoir ! Le principal intérêt de formaliser cette offre et de la rendre loisible est de créer le climat de confiance nécessaire à l’émergence des chantiers.

Les atouts de cette offre sont principalement :

  • La simplicité pour le maître d’œuvre : un interlocuteur unique
  • La confiance pour le maître d’ouvrage : une garantie sur la promesse formulée
  • La visibilité pour l’entreprise : une offre pour se différencier de la concurrence
  • Le développement des affaires pour l’entreprise : l’accès à de nouveaux marchés

 

Histoire de la performance énergétique en 3 étapes

Histoire de la performance énergétique en 3 étapes

Histoire de la performance énergétique : échanges sur 50 ans de travaux avec Jean-Paul Charpentier

L’idée de ces quelques lignes est venue d’un échange informel avec un professionnel de l’énergie. Jean-Paul Charpentier est à la tête, entre autre, d’une entreprise familiale spécialisée dans les métiers du chauffage dans l’Essonne. Il est également un « grand monsieur » de la filière du bâtiment, ancien président de la FFB Ile de France, Vice président de la Formation au sein de la FFB… De plus nous partageons l’idée que le bâtiment est un levier pour l’évolution sociale dans le sens où il procure un levier d’intégration sociale au travers de l’emploi et des compétences de proximité, utilisables et utiles à tous. Selon le vieil adage 1 emploi créé dans le secteur du Bâtiment génère 1 en amont et une en aval. A ce titre, la question de la formation est pour lui une priorité, d’autant plus du fait des préoccupations actuelles.

Histoire de la performance énergétique

Du noir, du vert, du rouge, 3 couleurs pour 3 étapes…

Histoire de la performance énergétique en 3 étapes

Le point de départ de la performance énergétique : le bâtiment dans les années 70

Le bâtiment dans les années 70, et particulièrement le logement est marqué par la fracture du second conflit mondial. Une grande partie de l’habitat urbain a été balayé par la guerre et la période de reconstruction des années 50 avait pour ambition de faire vite et pas cher. L’immigration aidant, il a fallu également démultiplier les programmes d’habitation, c’est l’époque des grandes cités, de l’émergence des villes nouvelles, des « chemins de grues » et de l’énergie bon marché. La consommation de chauffage est de l’ordre de 60 W/m².

Etape 1 : économiser à tout prix et rapidement

Dans ce contexte intervient le premier choc pétrolier, puis le second, il se pose alors la question de l’indépendance énergétique de la France… il faut absolument diminuer les consommations dans le bâtiment et opérer une mutation énergétique. La France fait le choix de l’énergie atomique, on crée l’heure d’été et l’heure d’hiver et on isole les bâtiments par l’intérieur, mais les rendements énergétiques restent mauvais. La qualité de vie dans le bâtiment n’est pas prise en compte et l’inconfort est maximum, on a créé des bouteilles Thermos , mais la consommation est réduite à 20 W/m². Nous sommes en 1980.

Etape 2 : respirer dans son bâtiment

Les conditions sanitaires et d’usage imposent alors de mettre en place des solutions de ventilation. La VMC apparait (en rouge sur le dessin). Avec la VMC la maison respire de nouveau, mais le système de chauffage, n’a pas changé, il est toujours énergivore et les calories s’échappent avec la ventilation. Les niveaux de consommation remontant, il faut trouver d’autres leviers d’économies pour atteindre les 10 W/m² que la France s’est fixée. Nous sommes en 1990.

Etape 3 : économiser dans son bâtiment durablement

Les recherches s’orientent alors sur l’énergie, on parle d’énergie primaire, de CO2, de réchauffement climatique, la performance énergétique fait place à la transition énergétique et le recours aux énergies renouvelables s’imposent. Le photovoltaïque, l’ECS solaire, la géothermie, les chauffe eau thermodynamiques font leur apparition, mais également tous les systèmes de recherches d’économie des quelques calories, comme la ventilation double flux… (en vert sur le dessin) Nous sommes en 2000 et les 10 W/m² sont possibles, on parle même de bâtiment à énergie positive.

Une transition qui n’est surtout pas qu’économique

La transition énergétique n’est pas rentable du point de vue économique pour l’habitant, elle l’est en revanche pour la France si les filières sont bien organisées et le poids économique du déficit énergétique limité.

En revanche, les leviers sont nombreux pour l’usager, confort de vie, qualité de l’air, cohésion sociale, la transition devient numérique et fait entrer le bâtiment dans une nouvelle ère. Il aura fallu plus de 50 ans pour modifier 200 ans d’habitude carbonée, et le chemin à parcourir est encore long

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